Projet de transfert d’eau interbassin (PTEIB)

Situation initilale

Le Projet de transfert d’eau de l’Oubangui au Lac Tchad, identifié comme projet prioritaire dans le Plan Directeur « Pour une Gestion Écologiquement Saine des Ressources naturelles du Bassin Conventionnel », s’inscrit dans la stratégie de restauration du Lac Tchad qui revêt un enjeu stratégique important pour toute la région.

Objectifs

Les objectifs initiaux du projet sont les suivants :

  • Arrêter l’assèchement du Lac Tchad par un apport d’eau venant du bassin du fleuve Congo, en visant la restauration graduelle d’un niveau écologique normal;
  • Maintenir les activités socio-économiques: irrigation, pêche, élevage, fourniture d’eau potable pour lutter contre la pauvreté;
  • Construire un barrage multifonctionnel dans la région de Palambo qui servirait au soutien à l’étiage pour la régulation de la navigation sur l’Oubangui et la production d’hydroélectricité pour satisfaire les besoins énergétiques de la ville de Bangui et des zones environnantes de deux Congo.
  • Permettre la navigation sur le Lac Tchad, le Chari, et l’aménagement d’un canal qui relierait le Chari, le Logone, le Mayo-Kebbi, la Bénoué, jusqu’au fleuve Niger dans le but de désenclaver cette région de l’Afrique Centrale, située entre le Sud de la RCA et le Nord de la RD Congo et du Congo.

Réalisations

La réalisation de l’étude de faisabilité du projet, confiée à la Firme CIMA International, un bureau d’études canadien, a démarré ses travaux le 13 Octobre 2009 pour une période de 28 mois, initialement prévue pour 23 mois. Les travaux relatifs aux études des impacts du projet sur une partie du bassin du fleuve Congo recommandés par la CICOS sont intégrés dans l’étude initiale par un avenant et réalisés simultanément dans le cadre d’une étude de faisabilité harmonisée. Le financement de l’étude, d’un montant global de 5.5 millions de dollars américains, a été assuré entièrement par les pays membres de la CBLT.               

Au cours des investigations réalisées par le consultant, il s’est trouvé qu’en plus de l’option initiale envisagée de transférer une partie d’eau du fleuve Oubangui à partir de Palambo, un transfert interbassin est aussi possible depuis la rivière Kotto (un affluent de l’Oubangui) en amont de la ville de Bria en RCA. Cette nouvelle option est située sur la fin du tracé du projet Transaqua proposé par BONIFICA, une firme italienne. 

Des ces deux options, tous les scénarii de transfert ont été étudiés à savoir le transfert par gravité, par pompage ou la combinaison à partir des barrages qui seront érigés sur les cours d’eau identifiés. Outre les aspects techniques, l’étude a couvert les aspects juridiques et institutionnels, le contexte géopolitique et communicationnel, l’organisation des audiences publiques sur les grands enjeux du projet et sur les questions environnementales notamment les études d’impacts sur l’environnement des deux bassins, le plan de financement des infrastructures et le Plan de gestion de la dette, les programmes de développement socio-économiques et le plan d’amélioration des voies navigables.

À la fin de l’étude de faisabilité, les principales conclusions sont les suivantes:

Il est techniquement faisable de transférer l’eau du bassin du fleuve Congo via l’Oubangui vers le bassin du Lac Tchad, en procédant à un transfert interbassin combiné : un transfert par pompage via le barrage de Palambo sur l’Oubangui et un transfert par gravité via le Barrage de Bria par une dérivation de la rivière Kotto. Ceci donnerait un rehaussement du niveau du Lac de l’ordre 1 m dans la cuvette sud et 1m dans la cuvette nord (augmentation de la superficie du Lac de l’ordre de 5 500 km2).

L’analyse économique de l’ensemble des résultats obtenus montre:

  1. qu’il est économiquement profitable de transférer l’eau en utilisant les deux scénarios de transfert interbassin à la fois;
  2. le scénario de transfert le plus avantageux économiquement est celui du transfert par gravité à partir du barrage de Bria/La Kotto, avec un Taux de Rendement Économique (TRE) de 24.83% et une Valeur Actuelle Nette de 3 980,3 Milliards de Fcfa;
  3. la vente de la production d’hydroélectricité dans les deux barrages est une opération rentable sur le plan financier, avec de Taux de Rendement Interne pouvant aller jusqu'à 32.5%.

En ce qui concerne la liaison Chari-Logone-Mayo-Kebbi-Bénoué, les principaux résultats de l’étude montrent qu’il n’est pas économiquement réaliste de rendre navigable ce lien pour des embarcations autres que des pirogues sans un transfert d’eau depuis le Logone. En effet les cours d’eau sont de petite taille et on note la présence de chutes, de sédiments et de plantes envahissantes.

Perspective

En marge des conclusions concernant le projet retenu, le Consultant a recommandé à la CBLT des études approfondies concernant deux solutions alternatives ou d’accompagnement à savoir :

  1. de procéder à une amélioration de l’hydraulicité des cours d’eau tributaires du Lac Tchad, principalement le Chari qui permettrait entre autres de limiter les pertes dans les zones inondables et donc d’augmenter la quantité d’eau qui se rendrait au Lac Tchad. Cette opération passerait par le dragage, la stabilisation des berges, la mise en place de levées, la mise en place de systèmes permettant de maintenir l’alimentation en eau des zones humides et inondables (ponceaux, vannes, déversoirs) ;
  2. de procéder à un aménagement du Lac Tchad, notamment de la mise en œuvre des programmes de désensablement, de lutte contre l’ensablement, de lutte contre l’érosion de berges, de lutte contre les plantes envahissantes.